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Atelier de parentalité en Centre de détention

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Quelques mots sur les ateliers parentalité à destination des pères incarcérés,
que j’anime depuis bientôt trois ans en centre de détention.

C’est une pratique clinique riche qui rejoint
mes autres activités dans le secteur de la parentalité et de la protection de l’enfance.

La parentalité en centre de détention se pense inévitablement avec la sanction de la privation de liberté. Cette restriction de liberté « ne doit pas » pas générer de rupture de liens familiaux mais autant que possible permettre de repenser les places de chac-un dans ce nouveau système. Être parent en prison soulève autant de questions que de réorganisations dans le système familial : Comment rester, (re)devenir parent ? Comment garder sa place dans la /sa famille ?

« Être, devenir ou redevenir » parent est une construction psychique qui passe par différentes étapes et qui fait nécessairement référence aux parents que nous avons eus. Nos schémas de vie nous amènent à aborder cette fonction parentale avec des visions multiples et des environnements différents.

Si le détenu est considéré par le milieu carcéral comme un « prisonnier », par la société comme un « individu déviant », pour l’enfant, il reste et restera « son père » et « sa mère ».
Le détenu est en prison car c’est une peine qu’il doit à la société, cependant sa peine ne peut pas être celle de son enfant. Les parents et les enfants sont des sujets de Droit et les enfants des sujets de Protection. C’est la Loi qui détermine le cadre juridique de ces liens et de leur maintien.
La convention européenne des droits de l’enfant est très claire en expliquant que la privation de liberté ne s’accompagne pas d’une privation de l’exercice de l’autorité parentale, et qu’il est nécessaire de maintenir le lien parent-enfant durant la détention.

Intervenir en détention dans le cadre de la parentalité nécessite d’aborder le maintien du lien de façon pluridisciplinaire, au cas par cas, afin de répondre en priorité aux besoins de l’enfant puis des parents, en analysant dans quelle démarche s’inscrit la demande et quels sont les enjeux pour l’enfant.
Plusieurs places existent pour aborder la parentalité.
En tant que psychologue clinicienne travaillant auprès et avec les enfants, c’est du point de vue de des enfants que j’aborde cet atelier « parentalité ». C’est d’ailleurs après un entretien avec un petit garçon âgé de 5 ans, que j’appellerai Ryan, que j’ai accepté d’aller travailler en détention.

La détention et la parentalité sont deux sujets distincts et pourtant nous ne pouvons pas faire l’économie de ne pas les aborder en même temps.
La détention influence le parent incarcéré, elle fait désormais partie de son histoire et celle de sa famille. Le détenu est seul en prison, de fait la séparation physique existe et il faudra désormais composer avec ces deux espaces.

Beaucoup de papas, que j’ai rencontrés ont confié :
« Mon fils, ma fille pense que je suis en voyage, en vacances, au travail. »
« Il / elle n’a pas besoin de savoir que je suis en prison ! Comment il/ elle me verra ensuite ? »
« La prison c’est mon histoire, pas la sienne ! »
« Quand je reviendrai dans 10 ans, je lui expliquerai »
« Je lui expliquerai quand il/elle sera grand(e), c’est moi son père, je décide ! »
« Je vais couper les ponts avec lui/ elle car je ne suis pas bon dans sa vie. »
« Je ne mens pas en ne le disant pas, je le protège. »
Autant de phrases autour desquelles, nous pourrions échanger longuement …

Nul doute que la détention est une épreuve douloureuse pour les familles (la peur du regard, du mépris, de l’isolement, du jugement, la crainte de perdre sa dignité…) cependant, si en tant qu’adulte il est possible de ne pas dire et ne pas entendre, en tant qu’enfant les non-dits sont dévastateurs et relativement douloureux.
Un père me posa la question lors de ma dernière intervention : « Madame est-ce que vous, si vous aviez un époux en prison, vous auriez amené votre enfant le voir ? Ce n’est pas un endroit pour un enfant et vous le savez très bien… »
Avec le plus d’authenticité, je lui fis part de ma réponse, en plusieurs temps.
Le temps de réponse correspond certainement aux différents temps qui sont nécessaires pour répondre à cette demande.
Si du côté du parent incarcéré, la demande est faite, il n’en reste pas moins qu’elle doit cheminer du côté de l’autre parent ; alors, je commencerai certainement par aborder la question du subjectif, du ressenti et des émotions lors de l’arrivée dans le centre de détention. En tant qu’intervenant, lorsque nous pénétrons dans l’enceinte de la prison, lorsque nous entendons les bruits, lorsque nous ressentons les odeurs, lorsque nous voyons les portiques, lorsque nous attendons qu’une porte s’ouvre….tout cela bouscule les pensées et le changement de repères.
Se déplacer dans cet espace, suppose que l’autre parent soit prêt à accepter la situation.
Et l’acceptation est un travail psychologique qui demande du temps.
Si je devais répondre de ma place en tant que personne, j’imagine, que j’aurai de grandes difficultés et que ma première réponse spontanée serait de dire : « non ! » Puis progressivement en cheminant en tant que « parent » donc du côté « des besoins de mon enfant », je dirais : « oui » au même titre que de ma fonction de psychologue clinicienne.
Et c’est de cela, dont il s’agit, des besoins de l’enfant.
C’est ainsi rappelons-le, que j’arrivais à leur rencontre, après avoir entendu la demande que m’avait adressée Ryan, un petit garçon, qui voulait voir son père incarcéré.
Les ateliers parentalité sont réfléchis en partenariat avec une conseillère d’insertion et de probation et s’inscrivent dans un travail déjà engagé par les pères, cela permet aussi d’établir un groupe de 10 pères présents durant toute la semaine.

L’atelier parentalité se pense comme un temps dans la prison, hors du temps de la détention. Nous parcourons au fil des heures, des mots et des jours, les questions de ces pères et papas, pour certains la toute première fois durant l’incarcération. En réfléchissant à leur parentalité, ils réfléchissent aussi à l’intérêt de leur enfant dans sa construction identitaire et psycho-affective, dans son histoire familiale ainsi que dans la possible répétition de celle-ci.